M. Maffesoli

Postmoderne

Michel Maffesoli
Professeur émérite à la Sorbonne
Membre de l'Institut Universitaire de France
Auteur de nombreux ouvrages

"On ne peut entreprendre que si l'on est en phase avec l'esprit du temps"

Michel Maffesoli

Nous sommes en train de vivre un basculement d’époque aussi important que celui vécu au passage du Moyen Âge à la Renaissance. Mais la fin d'un monde n'est pas la fin du monde.
La postmodernité est, peut-être, un passage transitoire vers un prochain grand récit. Le millénaire qui s'inaugure sous nos yeux ne sera pas aussi catastrophique que certains le prédisent. Mais il marque, à coup sûr, la fin d'une époque.

Mise en ligne : 22/01/2020

Michel Maffesoli

1981 - Professeur des universités à Paris-Descartes (la Sorbonne)
1982 - Fondation à la Sorbonne du Centre d'études sur l'actuel et le quotidien (Ceaq), à la Sorbonne. **
1988 - Publication de "Le Temps des tribus" (La Table Ronde)
2005 - Nommination au comité de direction du CNRS

** Etude de sujets qui contrevenaient au politiquement correct
"Ayant, en un temps où cela n'était pas encore chic, favorisé la création du Groupe d'Etude sur l'Homosexualité, au sein du CEAQ, et suscité, de ce fait, des mémoires et thèses sur le sujet, je m'étais entendu dire, par un cher collègue, que je "faisais rentrer l'homosexualité à la Sorbonne". Même reproche, vingt ans plus tard concernant l'astrologie"

Les travaux de Michel Maffesoli s'inscrivent dans la lignée postmoderne qui a bouleversé les sciences sociales dans les années 70/80. Cependant, contrairement à ses collègues français, il s’est intéressé à la postmodernité, au glissement ou césure d'avec la modernité qui a caractérisé la condition sociale émergente à la fin du dernier millénaire. D'où une oeuvre prolifique proposant, à partir de la méthode métaphorique, un ensemble de notions originales pour "dire" le social contemporain avec au premier chef la notion de "tribu".

ŒUVRE

"Sociologue préféré des marketers"
L'oeuvre de Michel Maffesoli est importante au regard de ce qu'elle a apporté à la compréhension de la consommation actuelle à tel point que Maffesoli a même été catalogué de "sociologue préféré des marketers". Son oeuvre propose une sociologie du quotidien centrée sur les théories de l'imaginaire et s'interroge sur le rapport que nos sociétés entretiennent avec la question de la temporalité au travers de l'importance de l'esprit du temps et de l'éternel retour : pour Michel Maffesoli, les formes de socialité mises en oeuvre au quotidien peuvent être éclairées par l'analyse de formes plus anciennes, archétypales comme celles de Dionysos versus Prométhée ouvrant notamment sur une compréhension de l'esthétisation actuelle du quotidien.
Être posmoderne

Michel Maffesoli avait annoncé les tribus il y a trente ans.
Il a eu raison sur tout. En quelques décennies, tout a changé. La France, à l'heure des gilets jaunes, n'a plus rien à voir avec cette nation une et indivisible structurée par un référentiel culturel commun. Il n'y a pas une tribu des Gilets Jaunes. Il y a des tribus. Sur tel rond-point il y avait des gilets jaunes du Rassemblement National, et sur tel autre, des gilets jaunes du parti communiste, etc.
Aujourd'hui la France est un archipel d'îles qui s'ignorent les unes les autres. On a des tribus avec les mouvements LGBT, féministes, décoloniaux, des réunions sans femmes, sans hommes...
La République Une et Indivisible est la grande marque de la Modernité et du 19è siècle. Cela a bien marché mais quand on regarde sur la longue durée, il y a des époques (c'est à dire des parenthèses) et celle du mythe du progrès se termine. Les grandes certitudes s’effondrent. Les événements, les mutations et les innovations en appellent à de nouvelles manières de penser la société.

LA POSTMODERNITÉ

La France a inventé la Modernité à partir du XVIIe siècle, avec le cartésianisme et la philosophie des Lumières. Sans doute est-ce pour cela qu'elle éprouve une énorme difficulté à aborder le changement de paradigme en jeu aujourd'hui. Le mythe du progrès et sa pensée linéaire a contaminé les manières de penser.
L'heure de la postmodernité a déjà sonné. Mais aurions-nous peur de lâcher l'ancien monde ? Si une définition provisoire de la postmodernité devait être donnée, ce pourrait être "la synergie de phénomènes archaïques et du développement technologique".

ÉMERGENCE D'UN NOUVEAU PARADIGME
Un paradigme est une matrice où nos modes de représentation changent, donc ce changement va avoir comme conséquences d'autres modes d’organisation. Quand il y a un changement de paradigme, cela se fait dans les cris et les tremblements. Et nous vivons actuellement quelque chose de cet ordre.
En chimie, on dit saturation lorsque les diverses molécules qui composent un corps donné ne peuvent rester ensemble, divorcent; ça s’effondre. Mais dans le même temps, ces mêmes éléments de base vont rentrer dans une autre composition et donc l’émergence d’une nouvelle manière d’être ensemble, d’une nouvelle civilisation, d’un nouveau paradigme.
Cette crise de passage d’un paradigme à un autre est douloureuse.

Matérialisme spirituel : le local
Retour en force de termes tels que pays, territoire, espace, toutes choses renvoyant à un sentiment d'appartenance renforcé, au partage émotionnel. Le lieu fait lien. Un lien qui se fonde organiquement et non pas à partir d'un idéal. Langue, coutumes, cuisine, postures corporelles, toutes choses concrètes alliant le matériel et le spirituel d'un peuple.

Astrologie : un fait sociologique
50 % des Français consultent leur horoscope. Un fait, s'il est social, devient un fait sociologique. Mais la thèse d'Elizabeth Teissier a été qualifiée de "non-thèse" par les membres du jury qui l'ont examinée. Pourtant, il s'agissait d'analyser comment les médias se comportaient par rapport à l'astrologie, et non de faire l'apologie de celle-ci.
Notre pays risque de passer à côté de l'évolution du monde actuel, qui exige de l'audace, des prises de risques.

TRIBALISME

Le tribalisme est recherche de passions "papillonnes", toutes choses qui se vivent d'une manière cyclique, avec d'autant plus d'intensité que l'on sait l'aspect éphémère du cycle.

Accepter les paradoxes
Le tribalisme, en tous les domaines, est et sera le phénomène dominant dans les années à venir. D'où la nécessité d'en dégager les "caractères essentiels", ce qui risque de laisser une empreinte durable. Il y a là un vrai paradoxe, mais il faut savoir accepter le pardoxe dans ce monde complexe, et vivre ce paradoxe plutôt que le rabâchage, l'incantation : redire, sempiternellement, les maîtres mots du XIXe siècle. Il faut savoir se contenter des métaphores, des analogies, des images, toutes choses vaporeuses, qui sont aujourd'hui les moyens les moins mauvais possible pour décrire le social.

Les racines du tribalisme
- aspects à la fois "archaïques" et juvéniles du tribalisme
- dimension communautaire, et saturation du concept d'Individu et de la logique d'identité.
Archaïsme et vitalité, voilà le paradoxe essentiel de la postmodernité, mettant en scène l'origine, la source, le primitif et le barbare. Et, ainsi, en redynamisant, d'une manière pas toujours consciente, un corps social quelque peu vieillissant. Le tribalisme est l'expression d'un enracinement dynamique.
C'est dans nos sociétés rationalisées à outrance, sociétés aseptisées, que le barbare revient. Le tribalisme est un phénomène récurrent. L'âme de la brousse résonne à nouveau. Elle reprend force et vigueur dans les jungles de pierre que sont nos villes, mais aussi dans les clairières des forêts lorsque, d'une manière paroxystique, les tribus techno, lors des "raves", foulent, en extase, cette boue dont nous sommes pétris. On est là au cœur du tribalisme postmoderne : l'identification primaire, primordiale à ce qui, dans l'humain, est proche de l'humus.

SOCIALITÉ : puissance sociétale
Force interne, souterraine, précédant et fondant le pouvoir sous ses diverses formes. C'est cette force qui est à l'œuvre dans le néotribalisme contemporain et dans les multiples identifications qu'il ne manque pas d'impulser. Après la domination d'une raison mécanique, on assiste au retour de l'émotionnel, du partage des passions.

Ensauvagement de la vie
On peut caractériser la postmodernité par le retour exacerbé de l'archaïsme. Les tribus contemporaines n'ont que faire du but à atteindre, elles préfèrent entrer dans la jouissance de ce monde tel qu'il est. On peut observer ce vitalisme dans les effervescences musicales, dans la créativité publicitaire, dans la liberté sexuelle, dans le retour à la nature, dans l'écologisme ambiant, dans l'exacerbation du poil, de la peau, des humeurs et des odeurs, en bref dans tout ce qui rappelle l'animal dans l'humain.

Un phénomène intergénérationnel
Les jeunes générations vivent d'une manière paroxystique ces valeurs hédonistes. Mais, par un processus de contamination, c'est l'ensemble du corps social qui est concerné.

LE TEMPS DES TRIBUS

Chaque individu postmoderne participe à plusieurs de ces micro-groupes dans lesquelles il joue des rôles parfois très différents et porte des masques spécifiques.

LE CULTE DU CORPS
Au XIXe siècle, le corps devait être producteur et reproducteur, c'était la seule légitimité du corps. Aujourd'hui, le corps devient un hédonisme latent qui vaut pour lui-même, on essaye de jouir. Le corps est très ancré dans la vie quotidienne, il est valorisé. Mais cela n'a rien à voir avec de l'individualisme, cette vieille lune qui prédomine encore dans le débat actuel. Il s'agit de tout autre chose mais beaucoup de journalistes, hommes politiques, universitaires, ont des phrases toutes faites telles que : "compte tenu de l'individualisme contemporain". Parler d'individualisme contemporain est une ineptie propagée par tous ceux qui ont le pouvoir de dire et de faire. Il suffit de sortir et/ou de se connecter sur Internet pour se rendre compte que nous sommes toujours "en relation avec", qu'il y a toujours autour de nous une communauté, et que les émotions font le lien. L'apparition du design des années 1950 a esthétisé le quotidien. Est venue ensuite, dans les années 1960, l'effervescence des grands rassemblements. A partir de l'an 2000, l'essor des communications horizontales grâce à Internet devient vertigineux.
Le culte du corps

ESTHÉTISATION DE LA VIE

Intégrer le frivole, l'émotion, l'apparence
Ce retour de l'esthétique s'applique à réduire la dichotomie que la modernité a établie entre la raison et l'imaginaire, ou entre la raison et le sensible. Il s'agit d'intégrer tous ces paramètres que l'on considère habituellement comme secondaires : le frivole, l'émotion, l'apparence… toutes choses que l'on peut résumer par le mot "esthétique".

Raison sensible ou sensibilité de la raison
On observe une synergie de plus en plus prononcée entre la pensée et la sensibilité. Dire "oui tout de même" à la vie, non pas en fonction d'un quelconque optimisme de privilégié, mais par l'expression d'un vitalisme social qui, même au travers des plus dures conditions de vie, ne manque pas de s'affirmer, fut-ce sous la forme de la duplicité.
La raison sensible c'est le triomphe des pulsions, de l'émotionnel et de l'imaginaire sur le progressisme empesé de nos élites et la pruderie de nos bien-pensants.

Faire de sa vie une oeuvre d'art
Il y a un hédonisme du quotidien irrépressible et puissant qui sous-tend et soutient toute vie en société. C'est cela, de tout temps, le cœur battant de l'esthétique. Les relations sont vécues de manière organique et émotionnelles.
Le lien social devient émotionnel lorsque les rapports sociaux, ceux de la vie courante, des institutions, du travail, des loisirs, ne sont plus uniquement régis par des instances surplombantes, mécaniques, déterminés en fonction d’une vision morale. L'appartenance n'est plus seulement calée sur la nationalité, la classe sociale, le travail, la religion et l'appartenance institutionnelle, mais aussi sur des esthétiques délibérément choisies.

ÉMOTIONNEL : partage des passions

La Modernité qui se termine c’était le cartésianisme, la philosophie des Lumières, les grands systèmes sociaux. L'individualisme, le rationalisme, le progressisme. Cette échelle de valeur est en train de se terminer, mais les élites technocratiques se figent sur cette échelle de valeurs en essayant d’étouffer les émotions populaires.

Tribus musicales, sportives, sexuelles, religieuses...
Nous baignons dans une ambiance émotionnelle - musicale, sportive, culturelle, religieuse, etc. Les affects sont omniprésents. Ce n'est plus simplement la raison qui va prévaloir mais la tribu, avec le retour de ce terme auquel on n'était pas attentif : "l'émotionnel".
Couch surfing, colocation, covoiturage... La vieille lune de l'hospitalité revient aujourd'hui, renouvelée grâce aux technologies. Les adeptes du "Co" éprouvent le désir d'être ensemble pour être ensemble et pas seulement pour des raisons économiques.
La profondeur se cache toujours à la surface des choses, dans la banalité de notre quotidien. C'est le triomphe de la raison sensible sur le vieux rationalisme scientiste, du vouloir-vivre collectif sur l'individu, de la joie dionysiaque sur les morales qui stérilisent l'action. La raison sensible s'oppose au rationalisme mais pas au rationnel. L’émotionnel est une conjonction de la raison et des sens. Nos élites sont déconnectées pour cette raison, elles ne ressentent plus rien par les tripes et essayent de nous faire rêver avec des idéologies et des dogmes qui ne font pas vibrer les populations.

Mutations de fond
On a voulu aseptiser la société avec le risque zéro. Paradoxalement, si on rentre à l'hopital avec un bras cassé on sort avec une maladie nosocomiale !
Dans cette même logique, en voulant purger la société de la moindre violence, on a obtenu l'effet contraire, la barbarie, alors que les sociétés pacifiées et équilibrées ont su ritualiser la violence.
Aujourd'hui on ne sait plus homéopathiser la violence. L'animal humain est aussi un animal et l'on a un retour du refoulé violent.

A SUIVRE....

POSTMODERNE

Etre postmoderne

Préface d'Hélène Strohl.
La postmodernité n'est pas un "concept" à la mode, c'est une manière de nommer le monde tel qu'il est, de comprendre les sociétés contemporaines plutôt que de les juger ou de dénier le changement. Pour appréhender l'actuel et le quotidien, Michel Maffesoli convoque les images, analyse les ambiances, et pénètre le climat de son époque.
L'inventeur des notions de "tribalisme" et de "nomadisme" revient sur ces figures évocatrices de notre nouvelle manière d'être au monde : l'oxymore ou le fait d'être ceci et cela, le retour de l'enfant éternel (juvenoïa), la métapolitique et l'émergence de diverses formes de religiosité. Autant la modernité (xviie-xxe siècle) a été paranoïaque, autant la postmodernité est " épinoïaque " : non plus un homme éduqué pour être maître et dominateur, mais une co-initiation des hommes faisant partie intégrante de la nature...

IMAGINAIRE

La force de l'imaginaire - Contre les bien-pensants

La polémique n'est pas toujours bonne conseillère. Mais son piment n'est pas inutile pour donner quelque saveur à ces plats fort peu ragoûtants que l'on confectionne trop souvent dans les insipides arrière-cuisines universitaires. Elle est même parfois fort utile quand elle s'emploie à redynamiser un débat intellectuel languissant ou par trop conformiste. Débat et non critique ad hominem, ainsi que le réclamait Karl Marx lorsqu'il voulait invalider un de ses ennemis. Et il est fréquent dans la décadence contemporaine que certains continuent d'une manière adolescente à se poser en s'opposant.
D'où les médisances, les calomnies, les à-peu-près, en bref l'agressivité de plus en plus répandue dans ces garderies d'enfants que sont devenues nos pauvres universités. Un essai corrosif et stimulant de Michel Maffesoli contre la bien-pensance intellectuelle et les lieux-communs de notre époque qui nous plombent dans un fatras idéologique, mélange indigeste d'individualisme, de rationalisme et d'inévitable utilitarisme. "J'ai souvent indiqué que la postmodernité, en son moment naissant, s'exprimait pour le meilleur et pour le pire.
Le pire, ce sont les parodies et autres billevesées que l'on trouve, à loisir, chez les plagiaires, les scientistes mimant l'authentique science et les militants confondant le savant et le politique. Chacun d'eux rationalisant en d'ennuyeuses parénèses ou de pédantes exhortations ce ludique qu'est, on ne peut plus, le monde de la postmodernité.
Le meilleur, c'est qu'au-delà ou en deçà de ces amusements d'enfants attardés, on voit resurgir ce que j'appellerais la force invisible de l'imaginaire. Elle est en train de nettoyer le cloaque des lieux communs et autres conformismes qu'ils soient scientistes ou politistes."

LES TRIBUS

Le temps des tribus

Irrésistiblement les sociétés modernes se transforment. Émiettement du corps social, épuisement des institutions, effondrement des idéologies, transmutation des valeurs : derrière la société de masse, qui a longtemps défini l'une des formes de la modernité, se profilent désormais les nouvelles figures d'une socialité exubérante et polymorphe dont Michel Maffesoli livre ici les premiers contours.
Le Temps des tribus est ainsi le diagnostic raisonné des sociétés d'aujourd'hui, une exploration méthodique de leurs métamorphoses. Quand le sentiment et l'émotion se substituent aux idéaux de la Raison, et qu'à la logique de l'identité succède la logique de l'affect. Nous sommes entrés dans l'ère des "tribus", des réseaux, des petits groupes, et vivons à l'heure des rassemblements éphémères et effervescents... Un livre qui trace les voies d'une authentique sociologie du présent.

POSTMODERNITE

L'homme postmoderne

Voilà quarante ans que l'on parle de postmodernité. Qui, pourtant, a vraiment saisi ce que cela impliquait pour chacun d'entre nous? Qui a assimilé qu'un homme fondamentalement différent était en train d'émerger? Relativisant la raison au gré de ses sentiments et de ses émotions, dépassant son statut d'individu pour laisser place à une nature plurielle, oubliant son devoir citoyen pour mieux se consacrer à sa tribu, cet homme postmoderne délaisse pourtant l'essentiel de ce qui a fait son prédécesseur.
Le journaliste Brice Perrier a demandé à Michel Maffesoli et à son équipe de chercheurs de dresser le portrait de l'homme postmoderne, afin que nous cessions de penser avec un homme de retard. Nous changeons d'ère. Ce livre nous permet de comprendre qui nous sommes désormais.

POSTMODERNITE

Postmodernité et tribalisme

Les travaux de Michel Maffesoli s’inscrivent dans la lignée postmoderne qui a bouleversé les sciences sociales dans les années 70/80. Cependant, contrairement à ses collègues français qui se sont majeurement concentrés sur le postmodernisme, c’est-à-dire une perspective philosophique spécifique riche d’hypothèses épistémologiques et de préférences méthodologiques qui ont poussé à repenser les principes généraux de la science et de la connaissance, Michel Maffesoli s’est intéressé à la postmodernité, au glissement ou césure d’avec la modernité qui a caractérisé la condition sociale émergente à la fin du dernier millénaire. Et, contrairement à ceux, nombreux, qui ont vu dans la postmodernité une sorte d’extrémisation de la modernité – une hypermodernité – , Michel Maffesoli est allé voir « au creux des apparences » (Maffesoli, 1990) ce qui se tramait dans les plis de la postmodernité : « une mutation sociétale nécessitant une transmutation du langage » selon lui (Maffesoli, 2010, 13). D’où une œuvre prolifique proposant, à partir de la méthode métaphorique, un ensemble de notions originales pour « dire » le social contemporain avec au premier chef la notion de « tribu » (Maffesoli, 1988). Globalement, « les formes élémentaires de la postmodernité » (Maffesoli, 2010) telles que proposées par Maffesoli dans l’ensemble de ces travaux fournissent un cadre de compréhension unique de la société actuelle et, par là même, de la consommation contemporaine.

BIEN & MAL

La part du diable

Poursuivant depuis trente ans une analyse de la société contemporaine, en faisant attention au présent, à ses diverses tribus, au développement du nomadisme, à la crise du politique, Michel Maffesoli s'attaque, dans cet ouvrage, au délicat problème de la part d'ombre de notre monde, la place du mal. Silencieuse ou bruyante, la révolte gronde. Passivité par rapport au travail, abstention politique, retrait de la vie sociale en général, ou encore rodéos automobiles, rassemblements festifs et musicaux et autres formes d'effervescence en sont autant de symptômes. Mais la part destructrice, celle de l'excès, n'est-ce pas ce qui précède une harmonie nouvelle ? Comme il ne manque pas d'avocats d'un Dieu bienfaisant aux noms variables - État, Contrat, Institutions, Individu - ni même de représentants des divers conformismes de pensée, n'est-il pas temps d'observer sereinement, et peut-être d'intégrer, cette étrange "part du diable" ?

BIBLIOGRAPHIE

BALISES DE NAVIGATION